Gradiva : marbre fascinant, ravissant de blancheur, fascinant jusqu’à vivre ;
vie blêmissant jusqu’au marbre, attendant, mélancoliquement, qu’une pluie de cendre la vienne ensevelir.
Gradiva : « celle qui resplendit en marchant »
Georges Didi-Huberman
L'ouvrage collectif "La Chair à l'image",
dirigé par Steven Bernas et Jamil Dakhlia, réunissant les actes du colloque ayant eu lieu à l'université de Nancy II en juin 2005, vient de paraître aux éditions
l'Harmattan.Cet essai, qui interroge les mises en crise des re-présentations du corps, questionne l'image picturale, photographique, cinématographique, vidéo, dans une démarche théorique mélant esthétique et poïétique.
L'article de Tristan Grünberg, "L'érotisme de la peau attaquée", s'attache à l'analyse de la représentation du sacrifice dans "Blonde Vénus" et "Shanghai Gesture" de Josef Von Sternberg et "Martha" de R. W. Fassbinder, trois films où la mise à nu rejoue la mise à mort, où l'image elle-même, gangrenée, léprosée, claustratrice, finit par s'ouvrir devant les yeux du spectateur
Gradiva : du marbre à la chair
La Gradiva qui donne son nom à cette association est une
figure féminine fascinante.

Protéiforme, gardienne du seuil entre morts et vivants, véritable "image dialectique" faisant coïncider l'Autrefois et le Maintenant (W.
Benjamin), la Gradiva, "celle qui resplendit en marchant", traverse les siècles et les esprits, sous la forme d'un bas-relief ou d'une apparition fantastique au coeur des ruines pompéiennes,
réveillant les souvenirs enfouis et ranimant les vestiges d'un passé sous silence.
Le roman
Elle prend vie en 1903 sous la plume du romancier allemand Wilhelm Jensen. Cette "Fantaisie Pompéienne" nous raconte
comment un jeune archéologue, Norbert Hanold, absorbé entièrement par son entreprise intellectuelle, se laisse détourner de son chemin par la démarche gracieuse et
atypique d'une jeune femme. Le drame de Norbert commence alors. Car cette délicate demoiselle n'est pas de chair et d'os. Gravée à même le
marbre d'un bas-relief, cette image est à jamais arrêtée dans le temps et l'espace.
Toujours marchant et toujours immobile.
Le jeune homme, littéralement obsédé par cette image, la laisse hanter ses journées, ses nuits et ses rêves.
Pris de frénésie, fuyant pour mieux la retrouver, Norbert finit par échouer à Pompéi, décor étrange des apparitions nocturnes précédentes de la belle.
C'est alors qu'à midi, "heure des spectres", devant les yeux grands ouverts du raisonnable archéologue, surgit Gradiva, qui non seulement s'approche du jeune homme mais lui adresse la
parole.
Rêverie, hallucination, apparition fantastique ou merveilleuse, Gradiva est tout cela à la fois, et bien plus encore....
Freud et Gradiva
Si l'oeuvre de Jensen est ainsi passée à la postérité, c'est en partie grâce à la qualité de son récit, qui joue (et déjoue) de toutes les limites.
Limites romanesques d'abord, qui mènent le roman à la frontière ténue où se rencontrent conte merveilleux, nouvelle fantastique et pastorale bucolique.
Limites spatio-temporelles ensuite, qui conduisent Norbert de l'Allemagne du XXè siècle à l'Italie du Ier siècle.
Cet effacement des barrières rend les mondes perméables entre eux : le rêve fait irruption dans la réalité, l'image s'incarne sous les auspices d'Eros et Thanatos se promenant main dans la main
dans les ruelles de Pompéi.
Il n'en fallait pas plus à l'inventeur de la psychanalyse pour
s'intéresser de plus près à cet intriguant récit. Sigmund Freud publie
ainsi en 1907 "Rêves et délires dans la Gradiva de Jensen", magnifique analyse qui tend à démêler le tissage savant et énigmatique du roman. Ajoutant sa pierre à l'édifice (et une copie du
bas-relief à son cabinet viennois), Freud fait ainsi passer Gradiva à la postérité, perpétuant par là l'entreprise de Jensen.
Perdue à jamais, prisonnière de la pierre qui glace ses contours, Gradiva est pourtant vouée à toujours se ranimer, à respirer d'un souffle nouveau, que ce soit dans l'esprit torturé d'un jeune archéologue ou dans l'imagination vibrante de ses lecteurs.
Images fascinantes
Mais n'est-ce pas après tout le destin de toute image que de fasciner ainsi, de provoquer l'amour et la mort, de
s'incarner dans le regard désirant de son spectateur? Il
suffit de repenser à Pygmalion et Galatée, à la Vénus de Cnide, au "Portrait de Dorian
Gray" (O. Wilde) ou à celui de "Laura" (O.
Preminger) pour s'en convaincre...
L'association GRADIVA (Groupe de recherche sur les arts, les images et leurs variations), loi
Cette association de jeunes chercheurs en esthétique et sciences de l’Art a pour objet la promotion de la recherche et l’organisation de journées d’étude publiques ainsi que la publication des actes de ces journées
Les domaines de recherche sont ouverts à tous les arts de la représentation, du théâtre à la peinture, du cinéma à la littérature, de la bande-dessinée à la sculpture,..
Le site permettra la promotion des journées d'études consacrées chaque année à un thème particulier. Il offre aussi la possibilité de mettre en ligne les articles des différents chercheurs .


